Disparition

Publié le par AACCE

Alain DEWERPE, directeur d’études à l’EHESS, historien et  fils de Fanny DEWERPE bien connue des anciens de la CCE, est mort prématurément le 16 avril à l'âge de 62 ans. Il sera inhumé à Bagneux ce  lundi 20 avril 2015 à 15h00

A l'AACCE, nous l'avions accueilli en mai 2006 à l'occasion de la sortie de son ouvrage " Charonne, 8 février 1962 "(Folio), Alain Dewerpe signait une œuvre magistrale. Sous-titrée Anthropologie historique d’un massacre d’Etat, cette synthèse porte sur la répression policière de la manifestation de protestation contre les actions terroristes menées par l’OAS en France. Elle restera à la fois comme le produit d’un rigoureux travail d’historien, un grand ouvrage de méthodologie et l’hommage d’un fils à sa mère, qui fut l’une des huit victimes de ce massacre. Un hommage discret, comme le fut l’homme sa vie durant : une simple ligne à l’orée du livre. En s’intéressant à cet événement tragique, qui se situait hors de son parcours académique d’historien du travail et de l’industrialisation, Alain Dewerpe en évacuait en même temps toute la dimension subjective. « Si être le fils d’une martyre de Charonne ne donne aucune lucidité, il n’interdit pas de faire son métier d’historien », précise-t-il.

Le destin d’Alain Dewerpe, né le 23 septembre 1952 à Paris, est doublement marqué par les violences policières. L’orphelin n’a jamais connu son père, victime de la répression de la manifestation contre la venue du général américain Matthew Ridgway, le 28 mai 1952. Il est élevé par ses deux grands-mères, elles-mêmes survivantes de familles éprouvées par la guerre, décimées par la déportation des juifs et l’engagement dans la Résistance. De cette lignée d’hommes et de femmes engagés, de culture communiste, on peut supposer qu’Alain Dewerpe tira son intérêt pour l’histoire, et plus particulièrement l’histoire du travail. Depuis de nombreuses années, il s’était attelé à une histoire de l’usine, « une tentative d’approche totale intégrant les dimensions économiques, culturelles et spatiales », précise Eric Vigne, son éditeur chez Gallimard. Ce gros projet d’anthropologie historique devait clore un cycle de recherches commencé au début des années 1980 quand, membre de l’Ecole française de Rome, il étudiait, dans la banlieue de Gênes, en Italie, l’usine sidérurgique de l’Ansaldo. Il a été interrompu par sa mort, jeudi 16 avril, à Paris. Il avait 62 ans.

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