Jeanne Galili

Publié le par AACCE

LA NAPPE BLANCHE 


Un moment d'hésitation: c'est ce que dit ici, légèrement ironique, une voix de femme. L'hésitation naît peut-être de la défaillance progressive du père et bientôt de sa mort; elle se mêle aux sensations les plus immédiates, aux événements les plus ordinaires; elle touche insidieusement aux repères, aux appuis qui jusqu'alors aidaient celle qui parle à vivre. Tout est désormais imprégné d'une fine incertitude: désirs ou ébauches d'amours, proximités doucement défaillantes, " idéaux " collectifs (du côté du communisme ou d'Israël). La voix discrète mais âpre que l'on entend au long de ces pages le révèle peu à peu: le réel et le virtuel auront été indissociables dans cette vie que le lecteur découvre. " C'est avec mon père que j'ai appris à ne pas bien m'installer dans la vie. J'étais celle que je ne suis pas. " Ainsi les souvenirs d'enfance les plus vifs, les plus irréfutables (" Je revois le gros épicier aux cornichons aigres-doux, aux carpes blanches et jaunes qui se rebellent dans le filet et je les sens. L'amer, l'âcre, le tendre parfum teinté de jaune et de brun. ") s'ouvrent-ils - à la faveur de l'évocation de la voix du père - sur un passé qui n'a pas été vécu, sur une langue qui, par celle qui parle, fut entendue mais jamais maîtrisée: le yiddish.

 L'hésitation, dans ce récit, allie rigoureusement une histoire singulière avec les espoirs et les destructions du XX'siècle. 

Claude Mouchard

 


  

Mon père se lève, la voix déjà mouillée - bribes de mots qui me reviennent: "joie d'être ensemble, mes amis, solennelle soirée... ce moment solennel", je ne sais plus. I1 prononçait solan-nel, j'ai toujours envie de faire moi aussi un discours solan-nel quand je suis avec des amis, mais rires moqueurs, pose ton violon tzigane. Ça ne se fait pas. Tais-toi, mon âme.

 

La nappe blanche

(extrait)


 Elle est seule dans leur grande maison des Landes.
Là-bas, son père est en train de mourir, lui qui était arrivé dans ce pays avec une belle chemise noire pour seul bagage.
Le soleil sur la peau, le sel de la mer, l'odeur de l'herbe balancent les souvenirs, vrais ou inventés.
Les hommes s'éloignent, s'approchent.

Les questions se succèdent, graves ou futiles. Aimer ? se laisser aimer? que sont devenus les " idéaux " ? qu'est-ce qui l'attache à ce pays ?...

 " L'hésitation, dans ce récit, allie rigoureusement une histoire singulière avec les espoirs et les destructions du XXe siècle. "         

 ( Claude Mouchard )

 

 

 

 

 

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